Les Photos du Soir ~ Allégorie

Allégorie

Charles Baudelaire

C’est une femme belle et de riche encolure,
Qui laisse dans son vin traîner sa chevelure.
Les griffes de l’amour, les poisons du tripot,
Tout glisse et tout s’émousse au granit de sa peau.
Elle rit à la Mort et nargue la Débauche,
Ces monstres dont la main, qui toujours gratte et fauche,
Dans ses jeux destructeurs a pourtant respecté
De ce corps ferme et droit la rude majesté.
Elle marche en déesse et repose en sultane ;
Elle a dans le plaisir la foi mahométane,
Et dans ses bras ouverts, que remplissent ses seins,
Elle appelle des yeux la race des humains.
Elle croit, elle sait, cette vierge inféconde
Et pourtant nécessaire à la marche du monde,
Que la beauté du corps est un sublime don
Qui de toute infamie arrache le pardon.
Elle ignore l’Enfer comme le Purgatoire,
Et quand l’heure viendra d’entrer dans la Nuit noire,
Elle regardera la face de la Mort,
Ainsi qu’un nouveau-né, — sans haine et sans remord.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, 1861























 

Correspondances photographiques …

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« Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. »

Extrait de « Correspondances » in « Les fleurs du mal » – Charles Baudelaire

 

J’aime beaucoup ça … Aussi !

ENIVREZ-VOUS

Il faut être toujours ivre, tout est là ; c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi ? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise !

Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge ; à tout ce qui rit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui fuit, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront, il est l’heure de s’enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans trêve de vin, de poésie, d’amour ou de vertu, à votre guise.

[Charles Baudelaire] – In Les petits poèmes en prose

J’aime beaucoup ça … aussi !

J’aime le phrasé, le ton, l’intonation, le son de cette voix, le regard de Serge Reggiani qui nous donne tant en un instant !

Un instant de joie simple et pure mâtinée de folles sensations …

Un moment précieux et rare qu’il faut garder au fond de soi pour les soirs de solitude morne dans votre chambre ou les matins brumeux de votre vie.

Mais partagez, partagez sans trêve, donnez, transmettez … un peu, beaucoup, à la folie … à votre guise ! Mais partagez … Donnez, jusqu’à l’ivresse !

Merçi … Monsieur Baudelaire, Merçi Monsieur Reggiani … Infiniment !